Article sur la dernière saison 2016
Opérette Théâtre Musical No 181
Jeudi 13 Avril 2017




Festival Offenbach

Pour sa 9e édition l’Opéra de Barie, estampillé « Les Scènes d’été », bien amarré près des rives de la Garonne, dans la jolie campagne girondine, a une fois de plus tenu toutes ses promesses. Comment ne les tiendrait-il pas en montant des œuvres en un acte rares ou plus connues de compositeurs eux aussi un peu restés au purgatoire ou carrément célèbres (cette année Offenbach), données dans leur authenticité et intégralité, chantées par des interprètes qui y croient, soucieux du style propre d’un répertoire souvent malmené ?

Atout majeur : le modique prix d’entrée (12 €), la gratuité pour les jeunes, et, avant
le spectacle lui-même, un concert de Bel Canto (qu’accompagne une sympathique restauration) où défilent les grands tubes du répertoire mais aussi quelques pépites, comme on dit aujourd’hui, comme un extrait du Benvenuto Cellini d’Eugène Diaz ou les récemment remis au goût du jour Chevaliers de la Table Ronde de Hervé.

Trois opérettes en un acte d’Offenbach étaient proposées cette année : Les Deux Aveugles, Pomme d’Api et Le Fifre Enchanté (1). Les trois ouvrages pourtant différents semblent fonctionner comme un ensemble. Au climat venteux des ponts parisiens succède l’appartement calfeutré de Rabastens ; du début d’Offenbach à l’après 1870 l’opérette change. Le 3e, Le Fifre Enchanté, quasiment jamais représenté depuis sa création en 1868, plaît autant par son livret rocambolesque au départ, puis dérivant vers une fantaisie débridée, que par le souffle de plusieurs
ensembles qui sont du très bon Offenbach.

Respect des œuvres et regard moderne

Cyril Fargues, le metteur en scène, dépasse les simples référents des ouvrages. Au réalisme des univers il sait joindre chaque fois ce qui les caractérise, soulignant le cynisme des deux aveugles, la poésie, parfois grinçante, du petit roman naturaliste qu’est le scénario de Pomme d’Api. Il sait nous faire passer dans le Fifre Enchanté de la cruauté des mœurs bourgeoises à la sorte de folie qui s’empare des personnages avec l’entréeen scène des militaires. Le respect des œuvres va de pair avec le regard moderne porté sur elles. La direction d’acteurs n’est pas laissée au hasard. Les faux aveugles sont criants de vérité, les côtelettes passent malicieusement sur le grill, le salon bourgeois des Robin est traversé par un vent de folie... et des fumets de truffes.

Les trois opérettes sont servies par des distributions bien choisies. Dans la première Cyril Fargues démontre un brio vocal, une excellente projection liés à un jeu scénique impressionnant de réalisme ;Jean-François Dickstein est son parfait
partenaire bien chantant et comédien raffiné. Les deux interprètes excellent à dire les textes surréalistes, véritables morceaux parlés, indiscutable signe de fabrique des opérettes du Second Empire.

Dans Pomme d’Api le public retrouve avec plaisir Claire Beaudouin, vocalement rayonnante, qui dose dans son personnage sentiment et espièglerie dans une proposition très enlevée. Elle est entourée par Damien Féral dont on remarque une nouvelle fois, outre le soin apporté à la caractérisation du neveu, le style vocal dont la clarté de l’émission et l’impeccable diction sont constitutifs. Jean-Marc Choisy a un contact particulier avec « son » public qui lui permet de faire de Rabastens un bourgeois chahuté d’une criante vérité.

Le Fifre Enchanté est un véritable festival d’interprétation. Dans Madame Robin Brigitte Farges brûle littéralement les planches et Magali Klipffel joue la soubrette de comédie avec une réelle virtuosité. Les « grotesques » ne tardent pas à entrer en scène. Michel Ballan impose un procureur bien en voix et d’un jeu irrésistible ; Christian Lara interprète avec son immense métier le bourgeois bousculé avec un jeu abouti et une voix d’une belle ampleur. Le Rigobert d’Audrey Hostein se signale par sa belle voix, ici quasiment de haute contre, par la couleur et par la fantaisie dans le jeu qui font du fifre une étonnante création. Il ne faudrait pas oublier les cinq autres fifres, filles et garçons mélangés, Michel Da Souza, Astrid Dupuis, Chloé Leruth, Damien Féral et Jean-François Dickstein, ajoutant beaucoup d’entrain aux ensembles.

Après avoir accompagné le copieux récital de Bel Canto, Arnaud Oreb au piano
enchaîne avec les opérettes dont toutes les délicatesses, la gaîté, le rythme sont
rendus avec une belle maestria. Sur cette lancée, la 10e édition pourrait bien réserver de nouvelles surprises, mais chut...

Didier Roumilhac 9 août 2016

Note (1) voir Opérette n° 180



Les Deux Aveugles
Pomme d’Api
Le Fifre Enchanté

Claire Beaudouin, Jean-Marc Choisy, Damien Féral/ Brigitte Farge, Magali Klipffel, Astrid Dupuis, Chloé Leruth, Michel Ballan, Audrey Hostein, Christian Lara, Michel Da Souza, Jean-François Dickstein, Damien Féral ; piano : Arnaud Oreb ; mise en scène : Cyril Fargues ; chef de chant : Micheline Carrère ; costumes :Anne Vergeron ; direction artistique : Jean-Marc Choisy. (4 représentations)
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