Nous sommes dans l'esprit Français
Article paru dans les colonnes du Courrier Français du 3 août. 2012
Mercredi 19 Septembre 2012
Du 14 au 18 août, l'Opéra de Barie, présidé par Jean-Marc Choisy, proposera dans le cadre des scènes d'été en Gironde, une 5e édition toujours aussi enlevée et distrayante. Offenbach, mais aussi, Frédéric Barbier et Hervé, sont au programme.

Courrier Français : N'est-il pas difficile de trouver de nouvelles partitions lyriques issues du répertoire français des années 1850 à  1870 ?

Jean-Marc Choisy : Disons qu'il y a un travail de recherches important à  mener, car l'opérette a un peu disparu de notre horizon culturel, et les formes courtes que nous affectionnons à  Barie, sont reléguées dans l'oubli. Il se trouve que je suis un collectionneur de vieilles partitions et que j'ai eu le bonheur de tomber sur de petites opérettes dont je ne soupçonnais pas l'existence. C'est ainsi que l'aventure a commencé. L'époque m'a paru vraiment empreinte d'un esprit bon vivant qui m'a tout de suite séduit. Cela ne se prend pas pour du Verdi et colle bien à  Barie. Cette forme de culture est distrayante. Et puis je connais désormais quelques passionnés avec qui il est possible d'échanger. La BNF est également une mine d'informations.

Courrier Français : La sélection des œuvres retenues s'opère sur quelles critères ?

Jean-Marc Choisy  : Sur la qualité de la musique et sur celle du livret. Il faut vraiment ces deux ingrédients pour que la magie opère. Certaines œuvres paraissent parfois séduisantes, mais il peut y avoir un problème de rythme, avec trop de passages racontés et peu de chant au final. Il faut donc faire attention. L'an passé par exemple, j'avoue que la programmation de « Croquefer » d'Offenbach fut sans doute une erreur car j'y ai trouvé quelques longueurs. Je m'attendais à  quelque chose de plus alerte.

Courrier Français : Vous écriviez l'an passé, sur le site de votre association, que cette forme de culture que vous mettez en avant se situe « loin des standards de la culture mondialisée actuelle où nous perdons nos repères ». Quels sont ces « standards » que vous critiquez ?

Jean-Marc Choisy  : Eh bien, il suffit de regarder la programmation des directeurs de théâtre et d'opéra. Ils ne prennent pas de risques. Le public a toujours droit à  La Flûte enchantée, aux Noces de Figaro, à  Carmen... Certes, c'est très beau, mais les gens ne finissent par connaître que ce qu'on veut bien leur donner. Pour ma part, j'aimerais voir au Grand Théâtre par exemple une œuvre comme « Le Mariage secret » de Cimarosa. Je reproche également aux grandes maisons de faire chanter presque exclusivement des chanteurs étrangers, même quand il s'agit d'œuvres du répertoire français.

Courrier Français : Ne pourrait-on pas dire qu'il y a une part de nostalgie, voire de passéisme, dans la promotion de l'opérette et de saynètes lyriques de la seconde moitié du 19e siècle ?

Jean-Marc Choisy  : Je ne crois pas être nostalgique ou trop attaché au passé. Je suis juste curieux. J'essaie de regarder différemment et de proposer autre chose que ce que l'on voudrait me donner. Il faut savoir que ce répertoire de formes courtes n'est plus joué dans les grandes institutions lyriques car ce format ne leur paraît plus adapté.

Courrier Français : L'univers de l'opérette n'aurait donc pas pris une ride ?

Jean-Marc Choisy  : Avec toutes ces intrigues, cette bonne humeur, ces grivoiseries, je pense que nous sommes vraiment dans l'esprit français. Ce répertoire populaire a construit la culture dont nous sommes issus. Aujourd'hui encore se rencontrent des histoires de père, de fils et d'amants. Ces ouvrages montrent des facettes de l'être humain. Quand le livret est de qualité, ce théâtre chanté est bien vu.

Courrier Français : Lors de l'édition précédente, 2200 personnes sont venues. Quel est votre public ?

Jean-Marc Choisy  : Il n'y a pas une majorité de têtes chenues, contrairement à  ce que l'on croit. Tous les âges sont représentés, ce qui montre qu'il y a un renouveau dans la perception de l'opérette telle que nous la défendons. Notre volonté de montrer un genre dans ce qu'il a de plus authentique s'avère payant et attire du monde, fidèles ou nouveaux spectateurs. Par exemple, pour rester en accord avec nos conviction,s je ne pense pas que nous programmerons un jour du Frédéric Lopez à  Barie. Par contre, nous ne nous interdirons pas « L'Homme de la Mancha » de Jacques Brel. Maintenant que le public nous fait confiance, j'aimerais proposer des choses parfois plus sérieuses.

Courrier Français : Cette année, vous programmez un nouvel Offenbach (Vent du soir), une opérette en un acte de Frédéric Barbier (Le Supplice de Tantale), ainsi que Trombolino de Florimond Ronger, dit Hervé. Qui était ce compositeur ?

Jean-Marc Choisy : Pour moi, il est le véritable inventeur de l'opérette. Hervé a créé tout un tas d'œuvres courtes à  tonalité loufoque. Musicalement, c'est parfois supérieur à  Offenbach. Mais au niveau de l'histoire, il arrive que ce soit un peu trop délirant. Dans Trombolino, le livret, très bien construit, n'est pas de lui. Ce qui tombe plutôt bien !

Programmation sur le site : www.operadebarie.com

Propos recueillis par Maxime BRUANT
Photo : D.R.

Légende photo : Offenbach reste à  l'honneur à  Barie. Après Croquefer l'an passé, Vent du soir entraînera les spectateurs dans la tribu cannibale des Gros Loulous.
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