La plus grande salle d’opéra du monde
Il n’est de bon bec que de Barie pour Fagotto ! - par Jean-Marie Darmian
Mercredi 14 Août 2013
La plus grande salle d’opéra du monde se niche dans un petit village longtemps martyrisé par les crues de la Garonne, près de La Réole. Le trouver ne relève pas du même périple que celui que devait accomplir un mélomane pour se présenter devant une loge dorée de l’exceptionnel Théâtre Amazonas de Manaus au cœur de l’Amazonie. La seule forêt à traverser est celle des champs de maïs méticuleusement figés dans une rectitude peu artistique.

Pour le reste, c’est la voûte céleste étoilée et la totalité du monde qui appartient à la troupe de « l’Opéra de Barie » installée contre le mur séculaire de l’église afin d’y donner des pépites musicales dénichées par Jean-Marc Choisy dans les alluvions imaginatives d’Offenbach.

Chaque battée apporte sa trouvaille souvent oubliée sous la poussière du temps et surtout négligée par les grandes scènes depuis belle lurette, afin qu’un public ayant les pieds sur terre soit surpris et heureux par le caractère inédit du spectacle.

On ne vient pas dans ce théâtre de verdure pour « consommer », mais pour partager le plaisir d’entrer dans la sphère onirique des opérettes… Sauf qu’en cette sixième année de représentations au cours desquelles le plein air peut se prendre de diverses manières, les « producteurs » se sont offerts un diamant hors normes, une vedette inattendue, une étoile telle que le show-business en invente chaque été.

A Barie au pied du chêne vert où Saint Louis aurait pu rendre une « injustice » royale déboule l’immense talent d’il signor Fagotto, une sorte d’idole pour demoiselles à marier et pour vieillards avides de gloire.

Fagotto, retenez bien ce nom car il mérite amplement de passer à l’Olympia ou de partir en tournée sur les grandes plages de France et d’ailleurs. Or, il n’est pas paru en public depuis 1985 et est né dans l’imagination fertile d’un imprésario hors du commun s’appelant Offenbach, il y a exactement 150 ans ! Fagotto, la crème des auteurs, compositeurs, interprète dont la renommée a seulement franchi les portes de la maison de Monsieur Bertolucci, sorte de Monsieur Jourdain de la musique, a ses groupies, ses fans et ses détracteurs. Autant que pour Justin Bieber, Johnny Halliday, Polnareff (avec lequel il une vague ressemblance stylistique) ou pour claude François, on attend avidement sa venue en public. Une imagination galopante a transformé une créature virtuelle en maître des esprits ce qui, bien évidemment, ne se produit plus quelques siècles plus tard… On ne vit, on se réfère, on n’espère que par rapport à Fagotto dont l’arrivée à Barie constituera l’événement de la soirée… puisqu’une grande fête à double usage (mariage contraint de la fille des lieux avec une antiquaille amateur de saxophones avec l’arrivée de l’idole) est programmée. Il est donc normal de signaler que rien ne se déroulera finalement comme prévu, avec une intrigue enlevée et surtout une apparition réussie, car totalement déjantée, d’un valet imaginatif…

Il y a une pincée des Noces de Figaro, un zeste de Cyrano de Bergerac, un dé du bourgeois gentilhomme, une dose de Courteline et surtout les airs enlevés, simples, explosifs de l’usine à tubes « offenbachienne » dans cette opérette en un acte strictement composée pour distraire, nettoyer les esprits encombrés par la complexité de la vie ! Dans la peau d’il signor Fragatto, Audrey Hostein, ténor exubérant à l’accent italien, campe l’une de ces créatures très actuelles du show-business, fondant leur notoriété sur l’excès et sur des adaptations décalées des compositions des autres détournées à leur profit (en l’occurrence celles de Fabricio – Cyril Farguse-, professeur de musique amoureux de la belle allure et de la splendide voix de son élève Clorinda -Claire Baudoin-). De belles envolées, du mouvement, de la joie de vivre, et à l’arrivée, le regret de constater que la solution aux problèmes de couples se règle trop rapidement.

On resterait plus longtemps dans le jardin de la demeure du signor Bortolucci, surtout après avoir assisté aux exploits amoureux un peu balourds des soldats français installés à Milan. Coco bel œil et son rival Joli-Coeur rivalisent d’ardeur au combat… pour le cœur d’amadou de Margarita (excellents débuts de Brigitte Farges) dont le mari apothicaire utilise apparemment une part de ses stocks de Viagra d’antan pour séduire sa voisine… Rien de bien nouveau sous le soleil ou sous la lune sauf pour l’honneur de l’Armée française qui ressort valorisée par ces conquêtes amoureuses sur le Pô !

Allez prendre un grand verre d’airs joyeux à Barie (1)… dégustez sans modération et en lâchant prise avec la réalité. Ennivrez-vous d’un cru bourgeois d’Offenbach sorti de derrière les fagots par le « père » Choisy .

Ne cherchez pas le message ou la philosophie. Soyez naturels et spontanés et vous constaterez qu’un bain d’opérettes est très proche de celui que l’on recommande pour retrouver une âme de jouvenceau. Mettez vous au vert, sous le chêne d’un opéra hors normes, devant une vraie scène d’été peuplée par les étoiles « barisiennes » !


(1) site www.operadebarie.com
06 52 90 87 56
représentations les 14,16,17 août à 19 h 30 (12 euros)


Article original : http://www.jeanmariedarmian.fr/il-nest-de-bon-bec-que-de-barie-pour-fagotto/
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