La défense d'un patrimoine vocal
Courrier Français du 29 juillet 2011
Mercredi 10 Août 2011
La semaine lyrique de l'Opéra de Barie, association présidée par Jean-Marc Choisy, aura lieu du 9 au 14 août. Deux œuvres méconnues d'Offenbach seront notamment proposées en plein air pour tous les amateurs d'opérettes.

Courrier Français : Pour cette quatrième édition, vous proposez « Croquefer » ainsi que « Le financier et le savetier » d'Offenbach. Ce compositeur est-il incontournable quand on organise un festival d'opérette ?

Jean-Marc Choisy : Il est vrai qu'Offenbach est toujours « vendeur » et qu'il est bon de l'avoir à  l'affiche. C'est un compositeur qui a écrit plus d'une centaine d'œuvres. Toutes ne sont pas des chefs d'œuvre mais certaines, méconnues, sont vraiment à  découvrir ou à  redécouvrir. L'un de nos objectifs est précisément de proposer ce que les grands salles ne proposent pas, tout en demeurant dans un registre festif et joyeux. Mais nous ne programmons pas seulement des opérettes. Il peut y avoir de l'opéra comique, comme cela avait été le cas avec Pépito par exemple…

C.F. : D'ailleurs, cette année, deux saynètes, l'une de Frédéric Barbier et l'autre de Charles Lecocq, ouvriront les soirées. Qu'est-ce qu'une saynète ?

J-M.C : C'est une forme perdue, oubliée, qui existait à  l'époque d'Offenbach, dans les années 1850-1860. On pouvait trouver alors à  Bordeaux des théâtres un peu partout, et ces saynètes y passaient régulièrement, car les gens appréciaient ce format avant d'aller manger par exemple. Elle met en scène deux ou trois personnages pendant une vingtaine de minutes. Bien entendu, c'est trop court pour baser notre spectacle dessus, mais c'est une entrée en matière assez réjouissante pour le public qui pourra assister dès 19h dans le parc de la Mairie à  ces deux représentations, avant le cœur de la soirée qui commencera à  21h.

La première saynète s'intitule « Les deux Choristes » et confronte deux personnages truculents, un ténor et un baryton, qui se livrent à  une sorte de duel vocal. La seconde, « Le baiser à  la porte », est une histoire d'avocat, de procès, de scènes de ménage et de réconciliation… Comme il s'agit d'un genre délaissé, il faut souvent faire des travaux de recherche, aller aux Archives Nationales, pour accéder aux partitions.

C.F. : Cette culture populaire oubliée semble vous tenir à  cœur, non ?


J-M.C. : Bien sûr. Il est important pour moi de réhabiliter ce patrimoine que les gens connaissent mal car cela ne passe quasiment jamais à  la télé. Or, ce théâtre chanté plaît au public. Les gens reviennent, car Offenbach met de bonne humeur. Nous, on refuse le pompeux, le pédant. Il n'y a rien d'élitiste dans notre programmation, seulement la volonté de distraire en respectant l'œuvre. Notre attitude est celle de puristes. Ainsi, nous ne touchons pas aux textes des livrets, sauf exceptionnellement pour actualiser certains mots trop désuets qui gêneraient la compréhension. Moi, je ne me reconnais pas dans l'opérette kitsch et guimauve à  la Francis Lopez ou dans certaines productions actuelles. Nous, c'est de l'opérette classique, authentique. Et comme on a envie que les gens viennent nombreux découvrir cela, on pratique des tarifs assez bas .


C.F. : Qu'est-ce qui vous a amené à  créer ce festival ? D'o๠vous vient cette passion pour l'art lyrique ?

J-M.C : Un jour, j'ai découvert dans ma voiture en allant travailler le fameux air de « la Reine de la Nuit » dans la Flûte enchantée de Mozart. J'avais 35 ans. J'ai acheté le CD puis j'ai fini par acheter tout Mozart. De simple auditeur passionné, j'ai par la suite décidé de prendre des cours de chant. Les samedis après-midi, j'organisais à  la maison des « rossignolades » o๠venaient des chanteurs de la région. Il y a quatre ans, j'ai acheté ma maison à  Barie et le festival a vu le jour car je considère qu'il n'y a rien dans le secteur pour ce genre de spectacles.


C.F. : L'opéra de Barie mêle-t-il toujours amateurs et professionnels ?

J-M.C. : De moins en moins. Aujourd'hui, nous favorisons davantage la partie « amateurs » et nous gardons quelques pros qui font ça pour le plaisir et non pour « cachetonner ». Mieux vaut de bons amateurs à  des pros moyens à  mon avis. Par exemple, Didier Claveau, qui interprètera Bélazor dans « Le financier et le savetier » est certes amateur, mais il a une présence indéniable et s'est produit dans un grand nombre d'opérettes.

C.F. : Vous êtes président-chanteur, décorateur, accessoiriste. Cela n'est pas trop dur ?

J-M.C : Pour l'instant, tout se passe bien. Et comme il n'est pas facile de trouver des bénévoles pour bricoler, il faut bien mettre la main à  la pâte soi-même. La deuxième année avait été un peu critique, il y avait des tensions dans l'association. Aujourd'hui, la formule fonctionne bien, elle a trouvé son public et le climat est plus serein. Si je me projette dans quelques années, j'aimerais bien monter un opéra-bouffe de jeunesse de Mozart. Mais avec un petit orchestre en plus, ce serait un autre budget

Infos pratiques sur le site : www.operadebarie.com

Propos recueillis par Maxime BRUANT
Photo : D.R.
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