Hervé par Dominique Ghesquière
Un article exclusif pour l'Opéra de Barie
Mercredi 09 Avril 2014
HERVE
(1825-1892)

Pianiste, organiste, chef d’orchestre, ténor, librettiste et surtout compositeur, Hervé produira plus de 110 ouvrages lyriques, des ballets, et une pluie de chansons… mais aussi de nombreuses pages musique religieuse qu’il signera toujours de son véritable nom : Florimond RONGER.

Fils d’une Espagnole et d’un brigadier de gendarmerie, il naît à Houdain, dans le Pas-de-Calais, le 30 juin 1825. Florimond a dix ans lorsque son père décède. En quête de travail, sa mère décide de se rendre à Paris. Elle trouve un modeste emploi à la paroisse Saint-Roch où le prêtre remarque la voix claire de l’enfant de chœur Florimond qu’il oriente vers la musique. Ses progrès sont fulgurants. Il entre au conservatoire et compose dès l’âge de quinze ans. Organiste à la chapelle de l’hôpital de Bicêtre, Florimond observe l’influence de la musique sur les malheureux malades, fonde une classe de musique et parvient avec les meilleurs éléments à créer sa première partition : l’Ours et le pacha (1842) .

Il obtient, après concours, le poste convoité d’organiste à l’église Saint-Eustache. Mais, le soir, il devient ténor dans les théâtres parisiens. Abandonnant le nom de Ronger, pour celui de Hervé, il signe divers petits ouvrages fort drôles Don Quichotte et Sancho Pansa (1847), Roméo et Mariette (1852) etc. d’une qualité musicale pleine de finesse. Le comte de Morny, demi-frère de l’Empereur Napoléon III, le remarque et lui offre la possibilité d’ouvrir « son théâtre » dès 1854. Hervé y produit une myriade d’ouvrages : La Perle d’Alsace, Le Compositeur Toqué (1854) - Le succès de cet acte deviendra d’ailleurs le sobriquet de Hervé, compte-tenu du lieu de ses débuts - Un Ténor très léger, Un Drame en 1779…(1855). A raison d’une partition nouvelle toutes les trois semaines, il devient l’instigateur d’un style « lyrico-bouffe » nouveau qui connaît l’engouement grandissant du public.

En 1856, compromis dans une navrante histoire de mœurs, Hervé doit renoncer au théâtre durant deux ans et part en Province interpréter les rôles de ténor du grand répertoire.

Pendant ce temps Offenbach fait « cavalier seul » et magnifie le genre musical qu’ Hervé avait initialement lancé. En 1858, celui-ci retrouve Paris et se remet à composer, et des chansons pour le café-concert, et des petits opéras-bouffe comme Le Joueur de flûte (1864)qui lui font retrouver sa célébrité. Avec opiniâtreté, Hervé parvient à grignoter son retard et dès 1866, il rivalise avec le père de La Vie Parisienne grâce à ses Chevaliers de la Table-Ronde qui débutent la série des « grands Hervé ». En 1867, L’Oeil crevé ; en 1868, Chilpéric ; en 1869, Le Petit Faust et Les Turcs, amènent Hervé à égalité avec Offenbach, dans cette pseudo-compétition qui, cependant, fut toujours courtoise.

Le succès remporté par la présentation de son Chilpéric à Londres donne à Hervé le goût de l’Angleterre où ses qualités de compositeur, à la fois irrésistible et tendre, sont mieux reconnues qu’à Paris. Ses productions cocasses, comme Le Trône d’Ecosse, en 1871, continuent pourtant d’y remplir les théâtres, mais le conflit franco prussien de 1870 a changé l’état d’esprit des spectateurs parisiens. La Veuve du Malabar (1873) et la Belle-Poule (1875) - ouvrages créés par Hortense Schneider au crépuscule de sa carrière - n’obtiennent qu’un succès moyen.

Installé à Londres, Hervé compose pour les deux capitales, exploitant, outre Manche, une veine plus sérieuse et très élaborée. Son Achantee-war  (1874) : symphonie dramatique avec chœurs, sera très goûtée par le public anglais. Le compositeur opte bientôt pour la double nationalité et se fixe à Folkestone, proche à la fois de la France et de Londres. A Paris, Hervé s’illustre bientôt dans le genre « vaudeville-opérette », soudain très en vogue, mais sans nul doute en retrait de son réel talent musical. Ainsi, avec La Femme à papa (1879), il met en vedette la chanteuse Anna Judic, autre transfuge de la troupe d’Offenbach. Elle incarne, en 1883, Mam’zelle Nitouche qui constitue le dernier grand triomphe parisien de la carrière de Hervé.
A Londres, en 1886, il se distingue encore avec un véritable opéra-comique : Frivoli, puis avec une série de grands ballets Cleopatra, Dilara, …qu’il produit à une cadence de deux par an, entre 1887 et 1890.

Avec sa compagne britannique, il revient définitivement à Paris en 1891 et compose son ultime partition Bacchanale. D’une tournure moins bouffonne, l’ouvrage est mal perçu par la critique parisienne qui se déchaîne contre le compositeur. Attristé, vieilli et fatigué par son travail et ses incessants voyages, Hervé meurt le 3 novembre 1892, dans une crise d’asthme dont il a toujours souffert.

D’un comique différent de celui d’Offenbach, Hervé, sans jamais se prendre au sérieux, a cultivé le rire en imaginant, dans ses intrigues, des situations abracadabrantes pour des héros qui l’étaient tout autant. Ses partitions, aux tournures musicales habiles, passent souvent du burlesque échevelé à la sensibilité la plus touchante.... Durant un de ses séjours parisiens Wagner rencontra Hervé et entendit sa musique. De retour en Allemagne, l’auteur de Parsifal aurait déclaré : « Un musicien français m’a étonné, charmé, subjugué : ce musicien c’est Hervé ! »

Dominique Ghesquière.
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