Le Financier et le Savetier
Jean de La Fontaine revisité
Vendredi 24 Décembre 2010
Les pauvres rêvent d'être riche et les riches ne s'imaginent pas sans le sou. C'est pourtant ce qui va se passer dans cette charmante opérette de Jacques Offenbach qui brosse avec délice les travers d'un monde qui au final n'est pas si éloigné du nôtre.

L'argent donne la considération et tous les pouvoirs, c'est ce que pense Bélazor, le financier de notre histoire, qui a le sentiment de pouvoir tout acheter.

Avoir tous les pouvoirs, ou presque, car notre financier a encore une épine qui lui reste dans le pied : Larfaillou son voisin, savetier de son état, en pince pour sa fille Aubépine et surtout l'importune quotidiennement par ses chants de tous les instants provenant de son échoppe voisine.

Il ne les supporte plus. "Rétrogradez Monsieur, rétrogradez".

S'étant fait conter la fable de La Fontaine et ayant appris la morale du Savetier et du financier, Bélazor, notre homme, décide tout comme dans l'histoire de donner beaucoup d'argent à  ce Larfaillou pour le rendre insomniaque. C'est lors d'une réception à  son domicile qu'il en profitera pour mettre son projet à  exécution en donnant cent écus à  Larfaillou.

Mais le jeune homme ne se comporte pas comme prévu. La Bourse, dont Aubépine lui a expliqué le fonctionnement, étant fermée à  cette heure tardive, il décidera de jouer cet argent tombé du ciel pour faire fortune et conquérir Aubépine. Le cours de cette soirée et la chance de Larfaillou donneront une toute autre issue que celle espérée par notre Financier Bélazor qui finira complètement dépouillé.

Vous apprécierez particulièrement dans cette opérette le couplet d'Aubépine sur la Bourse, qui n'a pas pris une ride ainsi que le charmant duo avec Larfaillou : "Mais autant qu'un prince, je suis amoureux". Puis viendra la déchéance et la descente aux enfers de Bélazor.

Cette ouvrage est un petit bijou lyrique, qui contrairement à  ce qui est écrit sur la partition, n'est pas réellement du genre bouffe. Cet ouvrage est frais et amusant.Il faut absolument venir le déguster comme une coupe de champagne pleine de pétillance et de légèreté.

La distribution

  • Aubépine - Claire Baudoin
  • Larfaillou - Audrey Hostein
  • Bélazor - Didier Claveau
  • L'invité - Michel Ballan

  • Mise en scène - Daniel Darc
  • Piano - Arnaud Oreb

    Les dates : 9,10,12,13,14 août 2011 à  Barie (33190) en plein air à  partir de 19h00





    Voir aussi l'article sur l'autre opérette CROQUEFER donnée durant le même spectacle



    La fable de la Fontaine, Le Savetier et le Financier qui inspira Offenbach :

    Un Savetier chantait du matin jusqu'au soir :
    C'était merveilles de le voir,
    Merveilles de l'ouà¯r ; il faisait des passages,
    Plus content qu'aucun des sept sages.
    Son voisin au contraire, étant tout cousu d'or,
    Chantait peu, dormait moins encor.
    C'était un homme de finance.
    Si sur le point du jour parfois il sommeillait,
    Le Savetier alors en chantant l'éveillait,
    Et le Financier se plaignait,
    Que les soins de la Providence
    N'eussent pas au marché fait vendre le dormir,
    Comme le manger et le boire.
    En son hôtel il fait venir
    Le chanteur, et lui dit : Or çà , sire Grégoire,
    Que gagnez-vous par an ? - Par an ? Ma foi, Monsieur,
    Dit avec un ton de rieur,
    Le gaillard Savetier, ce n'est point ma manière
    De compter de la sorte ; et je n'entasse guère
    Un jour sur l'autre : il suffit qu'à  la fin
    J'attrape le bout de l'année :
    Chaque jour amène son pain.
    - Eh bien que gagnez-vous, dites-moi, par journée ?
    - Tantôt plus, tantôt moins : le mal est que toujours ;
    (Et sans cela nos gains seraient assez honnêtes,)
    Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
    Qu'il faut chommer ; on nous ruine en Fêtes.
    L'une fait tort à  l'autre ; et Monsieur le Curé
    De quelque nouveau Saint charge toujours son prône.
    Le Financier riant de sa naà¯veté
    Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône.
    Prenez ces cent écus : gardez-les avec soin,
    Pour vous en servir au besoin.
    Le Savetier crut voir tout l'argent que la terre
    Avait depuis plus de cent ans
    Produit pour l'usage des gens.
    Il retourne chez lui : dans sa cave il enserre
    L'argent et sa joie à  la fois.
    Plus de chant ; il perdit la voix
    Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.
    Le sommeil quitta son logis,
    Il eut pour hôtes les soucis,
    Les soupçons, les alarmes vaines.
    Tout le jour il avait l'oeil au guet ; Et la nuit,
    Si quelque chat faisait du bruit,
    Le chat prenait l'argent : A la fin le pauvre homme
    S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus !
    Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,
    Et reprenez vos cent écus.

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